Cette image, j’aurais dû la prendre en Valais. Mais ce soir-là, les nuages en ont décidé autrement.
Le 12 août 2026, le Soleil avait rendez-vous avec la Lune. L’éclipse était totale dans une partie de l’Espagne et partielle chez nous, en Suisse. J’avais choisi de rester ici. Avec la Société d’astronomie du Valais romand, nous avions prévu de monter en montagne, sur la rive gauche du Rhône, pour profiter du spectacle.
Tout était prévu, sauf le ciel. Alors que nous espérions une soirée dégagée, les nuages s’étaient justement invités en Valais. Je ne voulais pas laisser passer cette occasion en espérant une éclaircie. J’ai pris la voiture, direction Villeneuve.
Un quart d’heure pour être prêt
Après quelques bouchons, je suis arrivé dans les vignes, sur les hauts de Villeneuve. Devant moi, le Léman s’ouvrait dans toute sa longueur. J’étais dans l’axe du lac, avec une vue magnifique sur l’horizon où le Soleil allait disparaître.
Il restait un quart d’heure avant le début de l’éclipse. Juste le temps de m’installer, de préparer l’appareil et de vérifier que tout était prêt.
Mon objectif était équipé d’un filtre solaire adapté. C’est une précaution essentielle : pendant toute une éclipse partielle, il ne faut jamais regarder directement le Soleil sans protection spécifique, ni à l’œil nu ni à travers un instrument non protégé. Pour photographier le Soleil, le filtre adapté se place devant l’objectif.
Puis j’ai commencé à photographier. Une image par minute.

Le Soleil devient croissant
Au fil des prises de vue, la Lune grignotait le disque solaire. Le Soleil prenait peu à peu cette forme inhabituelle, celle d’un croissant qui descendait vers le lac.
Il faisait encore très chaud. Pourtant, la lumière changeait. Une pénombre particulière s’installait, sans que la nuit tombe vraiment. Nous étions nombreux sur les rives et dans les vignes à suivre ce même spectacle, à regarder ce morceau de Soleil se rapprocher de l’horizon.
Je n’ai encore jamais vécu d’éclipse totale. À la Société d’astronomie, on dit souvent qu’entre une partielle et une totale, c’est le jour et la nuit. Je veux bien le croire. Mais ce soir-là, devant ce croissant de Soleil au-dessus du Léman, l’émotion était déjà bien présente. Il y avait quelque chose de stupéfiant à voir un astre aussi familier prendre cette forme.
Le chapelet que l’on voit sur ma photographie rassemble plusieurs étapes de cette progression. Ce n’est pas un instant unique, mais une succession de moments réunis dans une même image. Une fois le Soleil entièrement caché derrière l’horizon, j’ai retiré le filtre pour photographier le paysage. Le lac, les reliefs et les vignes ont ainsi rejoint cette trace de l’éclipse.
Une deuxième course contre la montre
La soirée n’était pourtant pas terminée. J’étais mandaté par Le Nouvelliste pour couvrir l’événement, et les images devaient parvenir à la rédaction avant 22 h 30, pour le départ en prépresse.
Après avoir couru après le ciel dégagé, je me suis donc dépêché de rentrer pour traiter mes photos et les envoyer à temps. Mission accomplie : elles ont trouvé leur place en une et en troisième page du journal. Une belle suite à cette soirée, qui a aussi permis de faire connaître un peu davantage mon travail dans la région.
Quand je regarde cette image, je revois ce croissant au-dessus du lac. Mais je repense aussi aux nuages, au départ improvisé, aux bouchons et à ce quart d’heure pour tout installer. Tout ce qui n’apparaît pas dans la photographie, et qui fait pourtant partie de son histoire.
Le 2 août 2027, une nouvelle éclipse totale aura lieu. J’espère cette fois pouvoir aller vivre la totalité. Ce sera, je l’espère, une autre histoire à raconter.